Pourquoi le mot MASISI dérange autant ?

Au sein de la communauté LGBTQIA+ haïtienne, l’usage courant du terme MASISI pour désigner un homme homosexuel fait débat, jugé trop péjoratif et réducteur, face à une communauté qui peine à se libérer des blessures du passé et de l’omniprésence de l’homophobie dans leur quotidien. De quoi parle-t-on exactement ?

Plus qu’un mot; un procès de l’individu

Mise a part du contexte, le rapport de l’homosexuel à l’appellation MASISI peut être très mal vécu et ceci pour divers raisons.
L’une d’entre elles, est le caractère très chargé de ce mot qui, dans l’imaginaire Haitienne se réfère essentiellement à un homme efféminé, un malade mental et pervers, déviant, un prostitué aux habitudes contre nature et destiné à mourir du VIH et d’un cancer du colon.
Des jugements qui dominent le sens profond du mot à défaut de simplement décrire le fait: Un homme qui est attiré par son sexe.

Beaucoup plus jeune, sachant que j’aimais les garçons, entendre l’expression MASISI avec l’accent qu’on met sur le I du mot, qui evoque un certain dégoût me faisait très peur mais j’ai fini par m’habituer. Aujourd’hui, je l’utilise même avec mes amis homosexuels (…)

Seby / HAITI

Une réalité linguistique qui n’est pas différente ailleurs; on compte près d’une vingtaine de mots et d’expressions de ce genre dans les pays francophones  parmis les plus connus: Pédé, Tarlouze, fiotte, folle, tafiole, tapette. Le point commun entre ces différents mots; délégitimiser la masculinité de la personne visée, homosexuelle ou pas.

Péjoratifs et homophobes, ces mots dans certains pays peuvent être considérer en fonction du contexte d’utilisation comme étant une agression homophobe et donc passible de sanctions.

Un homme essentiellement effeminé, faible et exubérant

L’utilisation du mot MASISI en Haïti, remonterait pour certains observateurs au début du 20ème siècle, dans le contexte de l’occupation Américaine d’Haïti.
Avant cela, certaines expressions à base francais, comme GASON MAKOMÈ (GARÇON EFFÉMINÉS en français) ou PEDERAS (PÉDERASTRE en français) étaient utilisées.

À la fin du 19ème siècle le terme SISI (variation de sister) ajouté à BOY était largement utilisé aux USA, surtout dans la communauté afro américaine pour décrire péjorativement les hommes dites efféminés.

Populariser ensuite par son utilisation courante dans l’ambiance des activités sportives de l’époque et les polémiques entre rappeurs Américains, le terme SISI est ainsi exporté vers d’autres cultures et en Haiti dans sa forme d’origine, “my sister ou my sisi” (MA SOEUR en français) qui deviendra par assimilation MASISI.

Ce mot et bien d’autres nous permettent de faire  une radiographie de la mentalité de notre société .
Une mentalité dominée par l’hétéronormativité et les stéréotypes de genre.

Le MASISI ou l’homme réduit à sa sexualité

Le MASISI ne peut s’empêcher d’être mise à nu malgré lui, dans l’opinion publique. Les discours le renvoient en permanence à son rectum et son corps.
Les injures débordent d’imagination et s’abattent sur cette partie du corps avec fracas, symbole de gêne et de salté (bouda fon, bouda manba: des injures homophobes en créole).

Les premières expressions utilisées dans l’histoire de l’homosexualité, étaient assez sexualisées, par exemple le mot sodomite, signifie ” homme qui se fait penetré par l’anus par un autre homme “.
Dans l’imaginaire des sociétés de l’époque, tout homme est de nature hétérosexuel même ayant un partenaire sexuel du même sexe, de ce fait il est assujetti aux devoirs qui y sont liés, une femme et des enfants.

Les pratiques homosexuelles deviennent dès lors un prolongement du vice ou de la déviance de l’homme dites hétérosexuel ainsi l’attirance affective, l’amour entre deux hommes reste inimaginable.

Un mot qui millite activement pour se déconstruire

Les mots utilisés pour décrire l’homosexualité sont nombreux et évoluent en permanence.
Chaque culture apporte sa compréhension avec les limites de leur temps et le filtre de leur contexte social .

Au coeur de ces évolutions on trouve deux intentions très dominantes; un côté la volonté de trouver le mot qui pique pour mieux discriminé et de l’autre une nécessité identitaire et défensive.
Les plus célèbres de ces mots revêtent aujourd’hui un double sens; un sens fondamentalement péjoratif et un sens qui l’est moins, construit par la solidarité entre les victimes et repris politiquement par les militants LGBTQIA+.

Dans ce chahut, beaucoup d’observateurs  préfèrent utiliser le terme homosexuel dans leurs travaux scientifiques (textes de lois etc…) selon eux plus égalitaire: Effectivement c’est le seul terme destiné à définir les personnes ayant une attirance sexuelle ou affective pour son sexe ayant son contraire immédiat en utilisant la même méthode de composition (HOMO – SEXUEL / HÉTÉRO- SEXUEL) (MÊME – SEXE / DIFFERENT – SEXE), procédé similaire dans beaucoup de langues.

En créole, la traduction est rendue par: Omo – seksyèl / etewo – seksyèl (selon plusieurs références) mais certains militants préfèrent utiliser MASISI et etewoseksyèl  mais la grande majorité de la population utilise MASISI et GASON NÒMAL .
Donc l’utilisation varie en fonction de l’objectif de l’utilisateur (neutre, militant, injure etc…)

Rédaction:


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